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 De la jeunesse d'une guerrière - Egwena

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egwena

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Date d'inscription : 18/06/2008
Localisation : 90 Franche-Comté

MessageSujet: De la jeunesse d'une guerrière - Egwena   Sam 3 Aoû - 9:40

Il est temps pour moi de  conter la courte histoire d'une enfance et d'une jeunesse qui ont forgé la guerrière que je suis devenue.

EPISODE UN

Des plus lointains souvenirs de l'enfance que reste-t-il?

Cette vision magnifique de ma mère, belle, souple et musclée, de ses rires à me voir me battre contre des monstres imaginaires, de ses silences quand nous partions chasser ou pêcher, de sa fierté lors de mes premieres prises et de la tendresse de ses bras qui me serrent.

Cette vision horrible de sa mort. Je n'ai pas compris de suite. Ce noble que servait mon père, a défaut d'avoir réussi à la mettre dans son lit avait réussi a prendre sa vie. Souffrance de l'ignorance des faits que je n'appris que beaucoup plus tard. Chagrin ...

- Papa ? Ou est maman ?

- Ne t'inquiètes pas gamine, la ou elle est personne ne peut plus lui faire de mal.

-Pourquoi nous n'allons pas la rejoindre alors?

- Egwena, tu poses toujours trop de questions, apprends un peu à te taire, je ne peux laisser ces gens, ils ont besoin de moi .

- Et maman, n'a t-elle pas besoin de nous ?

- Oh Eg, si mais là où elle est ,nul ne peut aller la rejoindre,
ni toi ni moi...allons ma fille, va donc brosser ce canasson là bas, le Duc veut le monter.

Je n'aimais guère ce Duc. De lui aussi je ne garde que peu de souvenirs. Il me faisait peur. Je sentais son aura maléfique quand il surgissait près de nous... près de maman surtout. Je n'appris que beaucoup plus tard le rôle qu'il avait joué dans la mort de ma mère.

De mon père, cet homme que je n'ai connu qu'avec des cheveux blancs...il me reste le souvenir de sa solidité. Son charisme, sa solidarité envers les personnes de sa condition et son dévouement que je jugeais déplacé envers le Duc. Mais son pere avant lui avait servi le père du Duc ...et son grand pere et ainsi de suite.

Il m'appris à me servir de ses armes. Il avait autrefois accompagné le Duc lors de ses raids. Au cours de l'un d'entre eux, il avait connu ma mère, cette belle et fiere guerrière, luttant pour la survie de sa tribu. Elle avait échappé grâce a lui à une mort certaine et elle etait devenue ...son esclave. Il avait obtenu du Duc la permission de l'épouser. Celui ci avait dû accepter, apres une nuit de débauche...trop mal à la tête et l'esprit suffisamment retourné pour dire oui à n'importe quoi.

Je grandis devenant chaque jour un peu plus apte à me servir des épées, lances, dagues et haches de mon père.

Je le sentais vieillir...je le sentais plus inquiet au fur et à mesure que je prenais de l'âge. Le Duc nous rendait curieusement plus souvent visite pres des écuries, notre domaine. J'avais du mal à le supporter et nos échanges verbaux devenaient affrontements.

Un jour, papa me réveilla a l'aube. Les yeux embrumés de sommeil, je lui dis :

- Papa? Il fait encore nuit...que se passe t'il ?

Le regard chaviré de mon pere me faisait peur...

- Eg, j'ai vu ta mère en songe, il faut que tu partes, ta vie est en danger...et ...je ne veux pas te perdre comme je l'ai perdu elle.

Il baissait la tête, les épaules basses, fataliste et résigné. Je n'oublierai jamais cette image de faiblesse qu'il me donna ce jour là.


J'avais mal au crâne...La fête de Blanche Brebis avait eu lieu la veille...Tous les jeunes du village y avaient pris part. Nous avions dansé, ri et chanté toute la nuit. J'avais ingurgité toutes sortes de boissons, sucrées, suaves, d'autres plus fortes...

J'avais envie de dormir mais l'inquiètude se lisait sur le visage de mon père...J'eus tout d'un coup le sentiment qu'il allait me dire des choses importantes qui allaient changer le cours de ma courte vie...

- Eg, je dois te parler...je te vois grandir ...j'ai vu ce soir le regard des garcons sur toi se faire plus insistant...

- Tu m'as espionné Papa? J'avais presque envie de sourire à ce moment la ...Mal réveillée, j'avais du mal, apres cette soirée si réussie, à croire qu'il pouvait y avoir une suite dramatique.


Ce fut le dernier sourire gai de mon pere...

- Euh ...oui...je n'ai qu'une seule fille et ...un père est toujours inquiet pour sa fille, un peu jaloux aussi sais tu... mais il n'y a pas que cela

- Eg, écoute ...tu dois savoir deux choses importantes en rapport avec ta naissance et ta mère...

- Lesquelles ? Mais dis moi, pourquoi hésites tu ainsi...

- Soit ma fille, mais cela ne va pas être forcément facile à entendre et digérer...Premiere chose, tu n'es pas née ici comme tu le crois...Tu es née au milieu d'un champs de bataille...


La perspective m'aurait fait rire si le regard de mon père n'avait été aussi grave...Je comprenais un peu mieux pourquoi j'avais toujours été fascinée par les armes, quelles qu'elles soient....Cependant, cela me paraissait irréaliste, farfelu. Je ne dis rien... Mon père continua ...

- Quand j'ai obtenu la permission de me marier avec ta mère...ta maman est vite tombée enceinte.. C'était un don des dieux. Je voyais le Duc tourner autour d'elle, je le sentais près à exercer son droit de cuissage. La savoir enceinte l'a sans doute retenu ou peut être a t-il senti que ta mère aurait préféré se donner la mort que de se donner à lui.

Une pensée fugitive m'effleura l'esprit...Avais je été vraiment désiré ? Je chassais vite cela repensant à la patience de mon père et la douceur de ma mère, alors que je n'etais encore qu'une toute petite fille...avec un caractère si marqué déjà.

- J'ai réussi à l'éloigner quelque temps...elle est reparti vers les membres encore vivants de sa tribu...La vie dans les montagnes est hasardeuse...les autres tribus sont belliqueuses...Eg tu dois savoir une chose. Ta mère était une guerrière exceptionnelle...Elle excellait avec toutes les armes mais aussi au corps a corps...Ta naissance a eu lieu plus tôt que prévu tout simplement et ta mère pour rien au monde n'aurait manqué un combat...Elle avait autrefois été pressentie pour être prêtresse, prêtresse du Dieu Rouge, le Dieu de La Guerre... La tribu de ta mère comptait parmi ses derniers adeptes...Mais elle montrait de telles aptitudes pour le combat que beaucoup ont jugé qu'il aurait été dommage de l'initier a la magie. Elle aurait eu ainsi moins de temps à consacrer a son don...

Je restai songeuse...Que sait on finalement des êtres qui vous sont proches ? On devine un peu, beaucoup parfois, mais que sait on vraiment ? Elle me manquait encore plus présentée ainsi sous cet aspect tellement réel.

- Quand ta mère est revenue, le Duc l'a laissé en paix... Il avait d'autres ...chats à fouetter dirons nous. Tu as grandi...Ta mère est restée malgré elle, cette fière guerrière qu'elle a toujours été. Le Duc la voulait tout entière. Son âme et son corps. Pour le corps, il a droit de vie et de mort sur chacun d'entre nous. Pour l'esprit...à moins de recourir a la magie, il n'aurait jamais eu ta mère...

- Papa comment peut on avoir droit de mort sur quelqu'un qui ne menace pas ta vie? Comment as tu pu accepter cela ? Pourquoi n'es tu pas parti avec elle dans les montagnes...

-Eg, pas tant de questions a la fois...Tout n'est pas si simple. J'ai des engagements qui me lient au Duc, et surtout je me dois de protéger tous ceux qui vivent ici et qui souffrent de ses brimades. Je n'ai pas le choix. Tu comprendras sans doute plus tard ce que je cherche à te dire...il faut parfois composer dans la vie. J'appartiens au Duc comme nous tous ici. N'oublies pas que j'ai sauvé ta mère d'une mort certaine...C'était déjà beaucoup à l'époque d'avoir pu obtenir cela.


Cette perspective me révoltait ...Comment pouvait on appartenir à quelqu'un ? Je regardai mon père dans les yeux.

- C'est lui qui l'a tué ? C'est ce que tu cherches a me dire ?

- Oui Eg... Il ne vaut mieux pas que tu connaisses les circonstances exactes...D'une part, tu es trop entière et trop sensible pour ne pas réagir et ce n'est surtout pas le moment...D'autre part, c'est insupportable.

Je le regardai à nouveau...partagé entre plusieurs sentiments puis je senti toute la souffrance, toute la compassion qu'il y avait chez cet homme, mon père ...tout son charisme aussi, son engagement pour ce qu'il avait décidé de juste...Je sentis aussi son impuissance face à ce puissant...Composer avec de faibles bras face à une force démoniaque.

Je découvris la haine ...Parce qu'on était mieux né que d'autres, cela donnait des privilèges particuliers et pas des moindres ...Droit de vie, droit de mort, droit de cuissage...et j'en passe. Bien des pensées se heurtaient dans ma tête...Que les Nobles périssent dans les pires douleurs souhaitais-je...!

- Eg, il faut que tu partes...il faut que tu ailles rejoindre les montagnes de ta famille maternelle...Cela sera un long et dangereux périple. Tu vas decouvrir beaucoup sur toi, tes aptitudes mais j'ai confiance grâce à cette vision que j'ai eu. J'ai perdu ta mère, je ne veux te perdre et le Duc qui tourne autour des écuries ne me dit rien qui vaille.

- Mais Papa pourquoi ne viendrais tu pas avec moi ...?

- Ah Eg toi et tes éternelles questions...déjà petite...enfin je m'égare...Eg ma vie est ici ma place est ici pour aider à faire ce que je peux contre l'influence démoniaque de...


IL ne finit pas sa phrase...

- Eg, tu as hérité, tellement hérité de ta mère...ta place n'est plus ici. Elle est là bas. Fais le pour elle, pour moi et pour toi ...Tiens je t'ai preparé quelques affaires et je vais essayer de t'expliquer du mieux possible où se trouvent ces montagnes mais ma mémoire est défaillante...Le Duc ne retournera plus la bas...Il a perdu plus qu'il n'a gagné à y aller. Là bas, tu ne risqueras rien.

J'avais le coeur serré...Je repensais a la veille ...J'avais envie de me révolter ...Moi j'avais envie de m'amuser...de rire et de voir du monde. Pas de m'isoler dans des montagnes ...pas de laisser mon père ainsi seul. Je le regardai ...Son visage faisait peine a voir ...Je me résignai...

- Bien je t'écoute Papa...

Mon père me donna une carte sommaire situant les montagnes natales de ma mère. Les Montagnes du Royaume de Ankmar.

Notre émotion à tous deux était visible...elle fut à son comble lorsqu'il me remit son épée bâtarde,
Cette épée qui l'avait accompagné tout au long de sa vie...Il me remit également un objet plutôt peu courant en nos contrées, celui-ci enveloppé dans une belle étoffe rouge. Il annonça simplement :

- Eg, voici ton laissez-passer pour te faire reconnaitre une fois ton périple achevé...C'était l'arme préférée de ta mère. On dit d'ailleurs qu'elle dispose de pouvoirs magiques...Tu vas me dire que cela ressemble beaucoup à un fouet ...c'est un Knout...Le Knout du Feu Mordant qui fut parait il autrefois béni par le Dieu Rouge, la Divinité que ta maman vénérait.

- Je tiens aussi à ce que tu portes son armure...elle sera encore un peu grande sur toi ...mais ...je sais qu'elle te portera chance.


Il me remis une armure de cuir cloutée, taillée dans le plus beau cuir...Elle était exceptionnellement belle...Mon père avait vieilli d'un seul coup, épuisé et bouleversé. Je comprenais sa peur et son sacrifice. C'était comme si il se séparait une seconde fois de la femme qu'il avait aimé.

Nos adieux furent poignants...Je savais, tout comme lui d'ailleurs, que je ne le reverrais jamais plus...C'etait une sensation terrible ...il était difficile de contenir nos larmes...

Je humais une dernière fois les senteurs parfumées de cette nuit d'été qui s'achevait et je me mis en route...Je n'en menais pas large...Jusqu'à présent, mes entrainements avaient été plutôt réussis mais je ne devais tuer personne. Là, j'avais conscience qu'il me faudrait sauver ma peau, ôter la vie et cette perspective ne m'enchantait pas tant que cela finalement.

EPISODE DEUX

Je pris les chemins les plus détournés, restant le plus possible à l'orée des forets pour pouvoir m'y cacher. La première nuit fut cauchemardesque. J'avais évité de faire du feu et bien m'en prit, car une troupe de cavaliers ne passa pas très loin de l'endroit où je m'étais arrêtée. Je m'étais cachée dans un arbre et je bénis mon père d'avoir refusé que je prenne un cheval. Les cavaliers portaient la livrée du Duc...Coincidence? Je mourrais d'angoisse pour mon père. La nuit fut encore pire, les animaux nocturnes reprenant leurs droits. Je dormis peu et me remis en route rapidement.

Je marchai jusqu'à épuisement...plusieurs jours, évitant le plus possible la civilisation. Avec l'argent dont je disposais, je pus m'acheter quelques ravitaillements chez des paysans qui me regardaient avec méfiance.

Je m'enfonçai un peu plus loin dans des territoires peu familiers et j'arrivai a l'orée d'une forêt noire et peu accueillante. Je faillis faire demi-tour. Le bois me glaça les sangs...Aucun oiseau, aucun bruit, que le celui de mes pas...Le jour lui même perçait à peine l'épais feuillage...Je marchai longtemps jusqu'à épuisement. Je mangeai rapidement, me construisit une cache sommaire. Les branches des arbres étaient trop hautes pour moi. Je ne pouvais donc m'y réfugier. Je m'assoupis. Je fus réveillée par un craquement. Sursautant et bondissant sur mes pieds, je pris mon arme que j'avais pris la peine de garder près de moi...Je voyais des ombres s'agiter autour de moi.

De petites créatures bizarres surgirent ...quatre... elles arrivèrent sur moi pour m'encercler...Défendre ou attaquer? Je me collai a l'arbre le plus proche et fit de grands moulinets avec mon épée. Elles reculèrent un peu un sourire féroce au museau...J'attaquai les deux premières, restant le plus possible dos à l'arbre. J'en blessai une, reussit à tuer l'autre d'un coup rageur lancé en pleine poitrine. Les deux autres exultaient. Le combat fut long et ardu avant que je ne réussisse à les achever. J'étais en nage, en sang... Je me laissai tomber à terre près de l'arbre...

J'entendis à peine le bruit et je sentis une épaisse lanière de cuir se glisser contre mon cou...

Une voix basse et feutrée me dit simplement :

- Qui es tu l'étrangère? Un seul geste et je serre ton joli petit cou avec ma lanière de cuir...Je n'aime guère les étrangers en ma forêt.

Il resserra un peu plus son étreinte autour de mon cou. Je suffoquais. Je réussis à dire dans un souffle :

- Je ne veux pas de mal ...juste traverser la forêt

- Hum répondit-il ne bouge pas d'un pouce pendant que je te ligote...ici personne ne fait confiance à personne.


Je me retrouvai saucisonnée à l'arbre en un tour de main...Il en fit le tour et je pus l'observer...

Il n'était pas humain. Sa peau était gris cendrée. Ses yeux bleus acier ne me quittaient pas de vue pendant qu'il fouillait mes possessions...Il avait des cheveux noirs longs et argentés. Le plus curieux était ses oreilles et leurs lobes allongés. Il n'était pas grand mais tout respirait en lui l'assurance, la souplesse. Bref, un personnage inquietant.

Evidemment, il mit la main sur mes armes et en particulier mon Knout du Feu Mordant...

C'en fut trop pour moi. Je me mis à pleurer silencieusement, les larmes coulaient le long de mes joues.

- Nooon...pas cela...vous n'avez pas le droit...je vous en supplie !

Il observa l'objet avec intérêt puis me regarda à nouveau...

- Bon allez jeune étrangère, conte moi donc ton histoire...après je verrai ce que je fais de toi

Tout en étouffant mes sanglots, je lui racontai toute mon histoire.Je sentais que je devais dire la vérité. C'était ma seule planche de salut.

Il écouta avec intérêt. Il réfléchit ensuite longuement et me dit :

- Je vais te libérer et tu vas passer devant moi ...au moindre geste suspect, je t'abats, compris? Il n'est pas bon de rester en pleine nuit dans cette forêt...Les hobgobelins comptent parmi les créatures les moins farouches

Tiens en plus, il réussissait a me vexer. J'avais réussi le combat de ma vie et il le ramenait à trois fois rien !

Nous marchâmes longtemps dans la foret. Aucun incident notable ne vint émailler la fin de la nuit. Au petit matin, nous débouchâmes sur une clairière entourée d'une rivière. Au centre, une tour, un peu plus loin sur la gauche des bâtiments qui ressemblaient à une ferme.

Il me fit prendre un passage sous la futaie. Nous arrivâmes de l'autre coté de la rivière. Deux femmes attendaient. Noires et blanches de peau pour moitié. Elles étaient visiblement des prêtresses au vu de leur habillement.

- Alors Droffo, la nuit a été fertile a ce que je vois ...qui nous ramènes tu la ?

- Une jeune égarée...amie ou ennemie...à nous tous de le déterminer...je propose que vous regardiez ses blessures, et que vous lui donniez le gite et le couvert.

- Venez jeune fille et pas de geste brusque !

Elles me soignèrent, me donnèrent a manger et m'emmenèrent dans une chambre. Elles prirent bien sûr la peine de m'enfermer a double tour mais peu m'importait. Je m'endormis comme une masse. Plus tard, beaucoup plus tard...je remarquai une écuelle de lait du pain et du fromage au pied du lit. Je mangeai de bon coeur...J'avais récuperé mais l'angoisse était la, tenace.

Je fus ensuite questionnée. Les deux prêtresses qui servait Helle, une déesse, m'écoutèrent avec attention. Je les vis échanger des regards inquiets. Je contai toute mon histoire du mieux que je pus avec toute la sincérité qui était en moi. Ils se concertèrent un moment et me dirent :

- Si ce que tu nous dis est vrai Egwena, ton père est en danger mais il est malin et intelligent...Tu dois avoir foi en lui...Nous connaissons ton Duc...il est l'un de nos plus grands ennemis...et il sert un ennemi encore plus grand, le Nécromant. - Nous prenons le parti de te croire...Tu es épuisée, maigre comme un clou...Repose toi le temps qui'il te faudra et reprends ta route. Tu peux rester aussi longtemps que tu veux. Nous te rendrons ton Knout à ton départ...C'est disons un gage de confiance entre nous

Je restai quelques mois en leur compagnie...Droffo m'apprit beaucoup. Il me montra comment me déplacer furtivement, m'enseigna de nombreuses techniques de combat, armes et corps a corps. Il gardait toujours cet aspect inquietant mais je dois reconnaitre que cet entrainement me fut salutaire. Je participai aux travaux quotidiens, je luttai a leurs cotés. Cet havre de paix en cette forêt inquietante était helas souvent attaqué. Je m'endurcis beaucoup grâce a eux.

Mais il me fallait poursuivre ma quête. J'annoncai mon départ. Ils me regardèrent d'un air grave et me rendirent toutes mes affaires.

- Merci pour tout, je ne vous oublierai jamais. J'ai beaucoup appris !

- Bonne chance Egwena, n'oublie rien de ce que Droffo t'a enseigné. Il va t'accompagner jusqu'à l'orée du bois et après...jeune fille...que Helle te protège.


Droffo me conduisit a la sortie du bois... Il posa simplement sa main sur mon épaule me regarda longuement, et partit sans se retourner...

Je restai un moment à contempler le paysage qui s'offrait a moi et partis dans la direction indiquée par mon ami, marchant d'un pas assuré...

EPISODE TROIS

Je laissai derrière moi la forêt...et m'engageai vaillamment sur le chemin d'une longue plaine. Aucun incident majeur ne vint troubler mon périple mais il est vrai que je pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas me faire remarquer.

Je croisai quelques troupes que je préférai éviter. Mes amis de la Tour m'avaient beaucoup parlé de ce redoutable Nécromant et de ses nombreuses ramifications et de fait, il valait mieux me méfier de tout.

Je me sentais revigorée, différente. J'avais beaucoup appris, grâce à Droffo, et j'étais désormais prête a affronter mon destin.

Je marchai quelques jours dans la direction indiquée par mes amis et bientot se profilèrent les montagnes tant attendues...

Je fus prise d'appréhension devant ces hautes falaises de roche. Je chassai vite ce sentiment de mon esprit et commençai à escalader les roches.

Je me dissimulai avec encore plus de précautions, ne m'arrêtant qu'à la tombée de la nuit. Je dormais parfois dans de petites grottes et c'était presque la fête quand j'en trouvai une car je savais que j'allais pouvoir faire un peu de feu pour cuire le gibier ou le poisson que j'avais attrapé.

Quand cela n'était pas possible, je me contentais de quelques rares baies.

J'arrivai assez vite sur un plateau rocailleux.

Mon père m'avait heureusement donné quelques indications sur la tribu de ma mère et tout en me dissimulant au maximum, je passai des jours et des nuits à observer de loin les habitants de ce plateau.

Des nomades, des tribus qui vivaient dans de grandes tentes qu'ils déplacaient sur de grands chariots tirés par des boeufs.

J'assistai a leur quotidien : la recherche de nourriture et sa préparation, les entraînements des guerriers et des guerrières, les jeux des enfants et les veillées au coin du feu.

Je fus prise de nostalgie en repensant à ma vie passée. Que j'etais insouciante, plus préoccupée a courir les bois et les prés, à danser et à chanter avec les jeunes du domaine du Duc et mon père bienveillant, qui veillait sur moi comme une chatte sur ses petits, me manquait terriblement !Les chevaux aussi. J'avais passé toute mon enfance à cheval, il faut dire.

Je mis des jours et des jours avant d'avoir la quasi-certitude que la tribu que j'observai depuis quelques temps était celle de ma mère. Mon père m'avait donné quelques détails particulièrement signifiants : la tribu de ma mère était belliqueuse et je ne sais pourquoi, les entrainements des fiers guerriers et des solides guerrières me paraissaient plus violents que les autres précèdemment vus. J'acquis cette certitude aussi en regardant leurs chevaux. Mon père était un spécialiste et les informations qu'il m'avait données étaient précises.

La tribu de ma mère élevait des chevaux de guerre moyens. Des bêtes nerveuses et fines a la robe de jais.

Me restait un dernier dilemne : comment les approcher? Je risquai fort de finir avec une flèche dans le ventre ou un coup de hache mal placé. Y aller franchement ou au contraire attendre le bon moment? Cela n'arrêtait pas de tourner dans ma tête.

Un soir je trouvai la solution bien malgré moi. J'avais bien pris la peine de me cacher dans une anfractuosité de la roche mais je nétais que bien jeune et plus malin que moi ...

Je fus réveillée par un léger bruit de frottement mais il était déjà trop tard. Des mains me saisirent et me tirèrent sans ménagement ... Je n'eus que le temps de serrer contre moi le Knout de ma mère et l'épée de mon père.

En moins de temps qu'il ne faut pour le croire, je me retrouvai ficelée, dépossédé de mes biens...J' hurlai comme une furie mais les quatres éclaireurs bien plus aguerris que moi ne firent de moi qu'une bouchée. L'un d'entre eux me jeta sur son épaule comme si j'étais un vulgaire paquet et je fus emportée en direction du camp.

Je pestai contre moi-même...

N'avais-je donc rien appris avec mes amis de la Tour? Quelle honte...oh la la si Droffo et les prêtresses me voyaient !!!

et si en plus, ce n'était pas la tribu de ma mère...là c'était la mort assurée !

Quand nous arrivâmes au camp, tout était calme. Les quatre éclaireurs, deux hommes et deux femmes échangèrent quelques mots à voix basse avec les gardes et je fus emmenée dans une tente située au centre du village nomade.

L'on me fit glisser par terre. Tomber, devrais je dire !- Brutes, barbares ! Ah c'est bien ma veine tout ce qui m'arrive !

Je restai seule un moment et tout à coup une haute silhouette se profila dans l'ouverture de la tente. Je ne savais pourquoi mais mon coeur battait plus vite. Quelques mots, dans une langue que je ne connaissais pas, furent dits et l'homme s'approcha de moi, tenant entre ses mains le Knout du Feu Mordant.

- Qui es tu et que veux tu, jeune fille? Nous t'avons remarqué depuis plusieurs jours déjà... Tu n'es pas d'ici, cela se voit !

Sa voix était à la fois douce et ferme. Contrairement aux autres personnes présentes, il n'était pas agressif, bien au contraire mais je n'arrivais pas à définir vraiment ce qui se reflétait sur son visage. De l'émotion ?

Je pris mon courage à deux mains :

- Je suis Egwena...fille de Salomé Rianon, elle-même fille de ...


Il me saisit au cou, un geste violent...Je ne comprenais rien à rien. La minute d'avant, j'avais devant moi un sage, la devant moi à la seconde, c'était un visage de fou ...De la douleur?


- Jeune fille, prouve que tu es la fille de Salomé...en toutes autres circonstances et si il n'y avait ce fouet, tu serais déjà morte !

Au lieu d'avoir peur, je sentis que la moutarde me montait au nez...J'explosai littéralement, encore ficelée dans mes cordes, je me redressai ...J' hurlais mon histoire, plus que je ne la raconta. Je terminai mon monologue par un tonitruant ...

- Et puis tuez moi si cela peut vous faire du bien...je m'en fiche apre7s tout. Vous étiez ma seule chance de survie alors la mort...c'est peu!!!

Je le vis littéralement éclater de rire et posant mes mains sur mes joues et  il me dévisagea longuement.

- Egwena, tu es bien la digne fille de ta mère. Pardonne-moi ma petite fille, mais j'avais besoin de savoir qui tu es. La ressemblance avec ta mère est frappante mais le caractère l'est aussi. Je devais le vérifier

J'étais interdite...j'avais devant moi mon grand-père ! Ce solide vieillard était mon grand-père ! C'est vrai qu'à tout bien regarder, il y avait des airs de famille ...J'avais du avoir une sacrée peur pour ne pas le remarquer !

Il prononça quelques mots qui ressemblaient à des ordres et je fus vite libérée. Mes quatres bourreaux s'inclinèrent même avec respect.

- Egwena, ma petite fille repose toi...Nous reparlerons de tout cela demain...Tout ce que tu viens de dire inquiète beaucoup un vieillard comme moi...Je ne peux te dire pourquoi. Quant à ton père, que le Dieu Rouge veille sur lui et que tu puisses le revoir sain et sauf. J'ai déjà eu affaire au Nécromant...M'est avis que nous allons vite connaitre notre sort. Allez jeune fille installe toi sur ces fourrures et dors...C'est bien du soucis pour une si jeune tête que de te parler ainsi...Oublions cela...bonne nuit

Je m'endormis comme une masse, à la fois vaguement inquiète et soulagée...



Des jours et des jours passèrent...Je fus vite intégrée à la tribu et mon grand-père remarqua vite mes prédispositions de guerrière...Je fus soumise à un entrainement rigoureux, mon aieul veillant lui-même sur son déroulement...hochant parfois la tête...

Ses compagnons d'arme le trouvaient comme rajeuni...

La vie dans ces montagnes était rude, la recherche de nourriture et pâturages pour les chevaux primordiales mais je me fis vite à ces différents aspects. Les membres de la tribu était des gens simples et chaleureux et beaucoup me témoignèrent vite de la gentillesse et énormément de respect. J'essayais de rendre service à tous et je ne ratais aucune veillée le soir au coin du feu...J'appris assez vite leur langage.

Parfois au gré des rencontres, des combats éclataient avec d'autres tribus ...des raids...et l'organisation établie par mon grand-père était particulièrement efficace. Je sentais bien chez cet homme une certaine noblesse. Il me raconta un jour qu'il avait été autrefois officier de cavalerie et qu'il était parti en exil avec sa petite famille pour se réfugier ici dans ces montagnes. Un coup d'état qui avait renversé le régime qu'il servait et il avait refusé de plier...


Hélas, trois fois hélas, ce tableau idyllique de mon adolescence ne dura pas...

Un soir je fus réveillée par une odeur âcre et persistante...
Très inquiète par les bruits environnants, je pris à peine le temps d'enfiler la vieille armure de cuir de ma défunte mère,de prendre mon épée et mon Knout...

Je me précipitai hors de ma yourte...

Vision apocalyptique...

Le feu tout d'abord : de nombreuses tentes brûlaient déjà...

Les enfants et les femmes couraient dans tous les sens pour y échapper et pour fuir...pour éviter les troupes à cheval qui les massacraient à grands coups d'épées ou de haches.

La magie : je distinguai de vagues silhouettes inquietantes, formes noires et longues qui lançaient boules de feu et éclairs bleutés.

Le bruit du fer qui s'entrechoque, des blessés et des mourants, des enfants apeurés qui pleurent leurs mamans.

Je ne cherchai même pas à retrouver mon grand-père...car je fus rapidement cernée par de sombres guerriers...

Je me défendis âprement...il me fallait une fois de plus sauver ma peau. J'avais un peu plus d'expérience qu'autrefois mais je fus vite submergée par le nombre, malgré le renfort des combattants et combattantes de la tribu de mon grand-père.

Un premier coup m'atteignit dans le dos, puis un autre et encore un autre...je sentais le sang qui coulait sur mes cuisses...Le coup de grâce me fut donné...

Je mis ma main pour protéger ma tête...trop tard...

Avant de m'écrouler, j'eus une autre vision...celle de plusieurs personnages venus d'outre-tombe, assistant sur leurs chevaux à ce carnage, cette mise à mort. L'une d'entre elle m'était familière...


- Le Duc !!!!!!!!!!!!!


Je m'évanouis, tombant vraisemblablement sur plusieurs autres corps...

Du temps s'écoula, combien de temps je ne saurais le dire mais ...je réussis à émerger de mon coma...je ne pouvais pas bouger...

Deux raisons à cela : la douleur lancinante, insupportable...et au dessus de moi des cadavres...Je pouvais à peine respirer...

Mon instinct de survie me recommenda de ne surtout pas chercher à faire le moindre mouvement...

Bien m'en prit car tendant l'oreille, je me rendis compte avec horreur qu'ils achevaient les blessés, torturant les moins atteints...prenant un malin plaisir à cette tâche macabre...

- Nous gagnons du terrain, Monseigneur...encore un peu plus chaque jour...

Je connaissais cette voix ...c'était celle du Duc...

Où était mon père.?..oh et puis pourvu que mon grand-père soit mort en combattant...Je ne supportai pas l'idée que ces monstres aient pu l'achever comme une vulgaire charogne...

- vous avez l'air de chercher quelque chose, Messire ?

- non point mais j'ai déjà eu affaire avec cette tribu belliqueuse que nous venons de réduire à néant.


Me cherchait-il ? Je ne le sus point...

Je sentais une aura maléfique...celle du Duc mais une autre également, infiniment plus repoussante encore. La voix qui avait posé la question au Duc m'avait glacé les os. Ce n'était pas une voix humaine. Le Nécromant ?


Le monceau de cadavres sous lequel je reposai me protégea...d'une mort et d'une torture certaines...Ils achevèrent un guerrier juste au dessus de moi ? Avais-je l'air si morte déjà que je fus épargnée?

J'entendis en tout cas le bruit du fer qui plonge dans les chairs. C'etait littéralement horrible pour l'esprit.

I I] - Duc, rassemble tes troupes, je vais de même retrouver mes prêtres Tsarims...Notre tâche ici s'achève...partons, voulez-vous ...cette odeur de chair brûlée est insupportable, vous ne trouvez pas?

Il y eut des rires démoniaques et puis peu à peu le silence.

Ils mirent le feu à tout ce qu'ils pouvaient, vérifièrent qu'ils avaient bien exécutés leur travail de mort et partirent rapidement à cheval.

Pourquoi je fus oubliée dans ce monstrueux massacre? Je ne le sais même pas encore aujourd'hui...

Je restai des heures sans pouvoir bouger, à pleurer toutes les larmes de mon corps, de douleur, de chagrin, de lassitude...

Je mis également des heures à me dégager des cadavres...J'étais tellement blessée que je ne pouvais marcher...à peine bouger.

Je réussis tant bien que mal à ramper jusqu'à un ruisseau de montagne. Je bus longuement et me dissimulai derrière un rocher.

Que faire sinon mourir maintenant?

Je dus m'évanouir à nouveau plusieurs fois, voire même délirer dans ce semi-coma...

Vision rougeâtre du sang, du combat et là dans ma tête, une voix caverneuse, puissante et attirante.

- Egwena, redresse la tête guerrière...quel beau chemin parcouru déjà...ta mère, ma disciple est fière de toi ...allez ma fille, redresse-toi, tu dois vivre et combattre au nom des tiens morts au combat !

Je ne sais comment je réagis mais je réussis à le faire.

Des jours et des jours s'écoulèrent certainement...Perdue dans ma douleur, je perdis la notion du temps... A chaque jour suffisait sa peine...

Passer de ramper à bouger,de bouger à me traîner et puis un jour marcher enfin ! Nettoyer mes blessures...les panser comme je le pouvais ...mettre des attelles à mes membres cassés...laisser cicatriser ce qui pouvait l'être...Bref, soigner ce corps et cette peau meurtris de partout.

Me remettre à chasser, à pêcher, à revenir sur les lieux du massacre pour essayer de retrouver un peu d'équipement...Je pleurai à nouveau toutes les larmes de mon corps, faisant le deuil de cette merveilleuse famille que j'avais si peu connue.

Puis retrouver un peu de vigueur, reprendre l'entrainement, fortifier à nouveau mon corps...

Je devins une vraie sauvage mais curieusement le goût de la vie revenait en moi...Parfois, je me surprenais à sourire, malgré moi, au spectacle de la nature et de ses habitants.

Je m'endormais à la belle étoile...c'était l'été à nouveau...

Un soir où épuisée, je m'écroulai de fatigue, la voix caverneuse résonna à nouveau dans ma tête...et j'eus une vision...


I] - Il est temps pour toi de partir Egwena...va rejoindre l'humanité à nouveau...donne-lui le meilleur de toi-même et réalise-toi guerrière, pour tous ceux que tu as aimé...


FIN


Dans ma tête demeura une image . Et  un nom surtout ....

Une petite ville entourée d'une rivière sinueuse qui s'appelait Lighthaven...

A Lighthaven, je fus adoptée par une grande famille mais les circonstances de la vie nous séparèrent . Tout était à recommencer une nouvelle fois, sauf que cette fois, j'avais pris en âge et en maturité et dans le fond, plus grand chose ne me faisait peur. Je pus néanmoins retrouver ma sœur adoptive, Neviasyl, un compagnon de route et un neveu.
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De la jeunesse d'une guerrière - Egwena
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